Testé pour vous
Par Oli @42Faubourg, mardi 4 mars 2008 à 23:28 :: Ma vie :: #24 :: rss
Testé pour vous, le visionnage de film émouvant, histoire sur fond de perte de l'être aimé. Bad, bad, very bad idea.
Je ressors cet ancien billet de l'ancien blog. L'envie n'a pas changé.
Je ne tiens plus dans ma chambre, je sature, plan d'action: j'enfile mes chaussures, je prends mes clefs et je sors. En 30 secondes sur le boulevard Richard-Lenoir, direction canal Saint-Martin. Objectif: vidage de tête.
Première agression verbale un peu après Oberkampf, un mec aviné qui me dit "bonjour! bonjour!" et son voisin de banc qui sourit à côté. Je ne les écoute pas, je n'écoute personne de toute façon, je ne tourne même pas la tête et ne leur prête pas la moindre attention, visiblement. Ich bin asozial, was ihr sagt ist mir egal. J'accélère encore le pas, je vais à la vitesse d'un Parisien rue de Rennes empruntant un couloir de bus pour dépasser la foule. Avenue de la République, on approche, quai de Jemmapes, on y est, le canal Saint-Martin. Et sa faune de SDF, travailleurs immigrés, amoureux en promenade romantique et homos célibataires promenant leur sale petit cabot, en quête d'un hypothétique bonheur ce soir à 50 mètres de chez eux. Et c'est parti, je progresse maintenant en terra incognita, je n'avais jamais traversé le Xe arrondissement à pied jusque là , on s'arrêtera au périph cette fois.
Quai de Valmy, Point P, on déambule d'un côté à l'autre du canal au hasard des passages piétons et des lubies de l'instant. A ceux qui m'interpellent pour me demander des clopes, même tarif que pour les deux bonjours, au pire, s'ils m'agressent, je leur sortirai en anglais que je suis sourd de l'oreille gauche. Quelques passages puent l'urine, Paris pourrait donner une image plus romantique d'elle-même... Place Stalingrad, souvenir d'un endroit découvert il y a seulement un mois, à l'occasion d'une marque de confiance matérialisée en invitation. Mais on ne prend pas la rue de Flandres cette fois, on continue le canal, direction La Villette. On tourne à gauche après le rat mort, sinon, c'est un cul-de-sac qui pue l'urine là encore. Et on aperçoit déjà la Géode. Plus que quelques virages et on y arrive, la Cité des Sciences sur la gauche, qu'on essayera de rejoindre directement, peine perdue, il faut rebrousser chemin et faire comme tout le monde (comme quoi, le panurgisme a des vertus).
J'arrive enfin Parc de la Villette. Tiens, un distributeur de boissons, ça tombe bien, la tête s'est vidée mais le gosier s'est asséché. Perdu! La machine refuse de me délivrer la bouteille de Valvert, et mes deux euros itou. Pech gehabt! Va falloir continuer et chercher un bar ou n'importe quoi d'humain cette fois-ci. Un Quick par exemple, à deux pas du boulevard Mac Donald. Ca y est, la San Pe est avalée en 30 secondes, je vais bien. Alors je ne pousse pas le masochisme à rejoindre le RER E à Pantin, je reprends tranquillement le métro ligne 7 (saleté de clin d'œil du destin), changement à Stalingrad, ligne 5, le métro arrive directement, plein de places libres, tant mieux, je serai moins misanthrope en rentrant ce soir. Sauf que. Ma voisine de derrière ignore totalement l'existence de déodorants qui tiennent toute la journée. Eurk. Et mon voisin d'à -côté décide d'attaquer son repas avec un peu d'avance, en sortant un magnifique épi de maïs grillé. Subtil mélange d'odeurs, maïs-sueur, le bonheur. Mais le wagon s'est bien rempli, ça sera ma punition. Je suis condamné à être envahi par cette puanteur, à la sentir profondément à chaque inspiration. J'aurais préféré l'odeur de la marlboro light, mais on choisit pas sa peine. De toute façon, comme punition pas comprise, j'ai fait pire ces temps-ci. Puis finalement, par catharsis ou je ne sais quoi, je m'habitue à cette odeur, et j'en viens même à inspirer plus profondément encore. L'odeur me plairait presque. Station Richard-Lenoir, tant mieux, sauvé juste à temps, je ne serai pas fou ce soir.
Retour chez moi, les Black Eyed Peas chantent toujours. La tête est vide, il ne me reste plus qu'à faire bouillir de l'eau pour me faire un apéro vodka / thé bleu-vert. La tête toute vide, je n'ai plus rien à dire. We're trying to take it slow / But we're still losin control / And we're trying to make it work / But it still ends up the worst, qu'ils disent. Ouais, Shut up.
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