Iphigénie en Tauride - Opéra Garnier - *****
Par Oli @42Faubourg, vendredi 23 mai 2008 à 21:42 :: Opéra et Théâtre :: #51 :: rss
Iphigénie, en retraite dans la maison du roi Thoas, doit sacrifier les 2 Grecs échoués sur la plage, pour empêcher que les oracles funestes qui prédisaient le meurtre de Thoas par un voyageur étranger ne se confirment. Mais ces deux étrangers, c'est Oreste et Pylade, qui viennent de fuir Mycènes après qu'Oreste a vengé son père Agamemnon en tuant sa mère Clytemnestre. Ils vont donc déjà super bien, dans leur tête. Et on leur dit qu'ils sont condamnés à mort par Thoas... Mais Iphigénie apprend que ces deux étrangers viennent de Mycènes, et décide d'en sauver un. Pylade? Oreste? Pylade? Oreste? Vous verrez la suite, je ne spoile pas, mais c'est la même fin que dans la tragédie d'Euripide.
Dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, le temple où vit Iphigénie est une maison de retraite, et des parois de verre mobiles séparent symboliquement des lieux différents. En arrière-scène se passe donc ce qui a lieu en arrière-plan, y compris le flash back sur le meurtre par Oreste de sa mère. Oreste jeune et nu comme un ver, sa mère les seins à l'air. Quelques trucs un peu cliché, comme des projections de texte gothique sur le mur du fond, mais c'était pas un point essentiel de sa mise en scène, et j'ai trouvé le tout bien plus original que raté (à la différence du public).
Dans la distribution, c'est un Oreste plus vieux, Stéphane Degout - sa première dans ce rôle - , dont la voix de baryton qui porte est pratique pour couvrir le Barockorchester de Freiburg qui jouait ce soir-là (j'aime bien quand la voix couvre l'orchestre, c'est un critère perso). Iphigénie est jouée par Mireille Delunsch, un rôle qu'elle avait déjà eu par le passé, et ce qui a lui donné toute l'aisance pour réussir l'air "Ô malheureuse Iphigénie" (quatre minutes de bonheur à vingt mètres de moi). Mais pas de bol, elle était malade depuis quelques jours, et sa voix a un peu dérapé à partir de l'acte III. On la sentait à bout. Yann Beuron dans Pylade était régulier, une belle voix dans l'acte III, mais il ne m'a pas marqué.
L'opéra en lui-même, j'ai juste adoré. Du baroque français comme j'aime, divertissant mais pas pompeux. Le premier acte plante le décor, et permet de comprendre la situation. On m'avait mis en garde contre une mise en scène qui empêchait de comprendre l'histoire, eh ben moi qui ai du mal à comprendre un anime japonais quand c'est trop complexe, j'ai eu aucun problème, lÃ
Ensuite, deuxième acte superbe, là où j'ai pris mon pied, grâce à Mireille en particulier. Troisième acte classique mais très divertissant. Une pensée m'a traversé l'esprit lors d'un solo de Pylade: "Pourquoi on nous force à regarder la Nouvelle Star alors que ces gens qui chantent devant nous leur petite chanson sont quand même bien meilleurs". Ouais, l'acte III, c'est pas mal de chansons en fait, mais c'est ça qui rend la chose divertissante. Et l'acte IV, la tension du dénouement. Dommage que la voix de Mireille tienne de moins en moins, là ... Mais le chœur compense, et avec Diane mêlée aux 2 (!) coryphées, + une mini surprise dans la mise en scène, on continue de finir de prendre son pied.
5 étoiles pour cet opéra, malgré la fatigue de Mireille Delunsch aux troisième et quatrième actes. Parce que j'ai été ému à plusieurs reprises, parce que j'ai vibré lors de son interprétation du "Ô malheureuse Iphigénie" comme j'avais pas vibré depuis l'Air de la Folie de Natalie Dessay dans le rôle de Lucie de Lammermoor. J'ai kiffé, en fait. Ça confirme ma préférence pour l'opéra français du XVIIIe siècle (je sais, Glück est allemand, mais c'est un opéra français quand même
). A la différence des vieilles peaux du parterre qui pour 130 euros exigent un opéra en costume d'époque à chaque fois, pour leur rappeler les temps anciens. Pfff... La prochaine fois, refilez vos places!
A voir, carrément, à Garnier jusqu'au 8 juin.


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