Avant-dernier jour de l'expo à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris sur les clichés couleur d'André Zucca. Une petite expo assez simple, à seulement 4 euros, dans ce bâtiment à 2 pas du Loir dans la Théière, donc qu'on a tous vu une fois ou l'autre quand on a ses habitudes dans le Marais historique. Mais une expo pour laquelle on peut remercier Christian Christophe Girard, l'adjoint à la culture de Paris, qui a su par sa polémique à 4 euros attirer l'attention du public :-)

Alors peut-être que pour certains, la prise de recul est quelque chose qui doit être fourni par le musée, que c'est quelque chose de trop dur à avoir par soi-même. Mais pour tous les autres, c'est une expo qui donne au contraire des infos supplémentaires sur l'art de la propagande dans le Paris de l'Occupation. Le témoignage de Zucca, c'est un Paris occupé où les gens sont occupés: films, musique dans la rue, saltimbanque, et grandes affiches de politique ou de loisirs. Tout l'art de divertir les gens pour leur faire croire que finalement, l'occupant nazi n'est pas si méchant que ça et que c'est pas sûr que la Résistance, les Russes ou les Anglo-saxons pourraient nous apporter mieux. Et c'est un pan de Paris qui complète celui que nous connaissons des livres d'histoire: rafles, contrôles incessants, manque de nourriture et de biens.

Le témoignage visuel de ces habitants dans des activités normales montre donc très bien la réussite de la Propagandastaffel. Les Parisiens avaient peu à manger, mais les Élégantes s'amusaient bien, aux Tuileries ou au Luco. On avait tout ce qu'il fallait pour se changer les idées. Et on y allait, et on allait voir ces divertissements, et on se laissait être occupé. Les temps n'étaient pas uniformément durs...

Et puis ce Paris romantifié, c'est un Paris romantique, donc un Paris qu'on a aussi plaisir à voir, avec ses affiches d'époque et ses scènes qui chargent facilement le spectateur en nostalgie. Ben oui, au final, on se laisse prendre au jeu de ces photos, on rentre dans la propagande d'une certaine façon. Malgré quelques vues des Halles ou de Belleville qui illustrent la pénurie de nourriture et la mise en place du système D au sein de la population. C'est peut-être ça qui met le plus mal à l'aise en fait, qu'on se rende compte que la propagande n'est pas une arme efficace contre les faibles au loin, à l'étranger, dans le passé, mais quelque chose qui peut très bien fonctionner sur nous. Dingue et choquant, hein? ;-)

A la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, rue Malher, jusqu'à mardi.