La Figuration Narrative, c'est le genre de mouvement qui a un peu péché par son appellation obscure de 2 concepts juxtaposés, et même pas percutants avec ça, à la différence de "Pop Art", "ready-made" ou de "Blaue Reiter". Ça méritait pourtant mieux.

Le Grand Palais propose jusqu'à dimanche prochain (faites vite!) une rétrospective d'ensemble de ce mouvement, qui mérite le voyage pour 2 raisons. Déjà, c'est le dernier grand mouvement artistique qui ait eu lieu à Paris et qui avait une démarche politique. 1960-1972 pour les dates, on est en pleine affirmation du mouvement contestataire, quand les idéaux politiques de nos jours se limitent à des "contributions" du PS et des partis anti-tout plus à gauche. C'était du sérieux, l'artiste dans son temps. A l'époque, on se fiche de faire des plaques d'acier de 15 m de haut qu'on vend pour des sommes déraisonnables à des institutions ou des ministères en quête de m'as-tu-vu-j'ai-fait-le-plus-gros-chèque. L'art restait avant tout un engagement, une œuvre créatrice plutôt qu'une œuvre mise en vente, à la différence d'aujourd'hui. Ça fait du bien de se rappeler que par le détournement d'affiches ou les peintures très classiques, on peut attirer le regard pour le contenu de l'œuvre plutôt que pour la signature apposée sur l'étiquette. Même si ça aide pas à marquer la postérité (avant cette expo, Voss, Arroyo ou Télémaque, pour moi, étaient des personnages de pièces de théâtre, des politiques ou des héros mythiques). Et puis le message politique, dans l'art, on aime (pop art) ou on aime pas (art naïf), mais moi j'aime, j'apprécie l'art relié à une époque et à un contexte historique,

Ensuite, et c'est le cœur de l'expression "figuration narrative", c'est un mouvement figuratif. Quand l'abstraction est consacrée comme révélation du XXe siècle, ce mouvement va devoir se montrer très inventif par d'autres procédés: le rythme, la narration au sein du tableau, le collage et le détournement, le cinéma et la photo. C'est un vrai foisonnement. Et ça permet de donner une vraie épaisseur à une œuvre, par ses lectures possibles. Le narratif se lit de différentes façons, on est en face d'un vrai mouvement d'ensemble et pas d'une imposture trop éclectique mal justifiée façon "L'art libre et sans concession de Los Angeles dans les années 90". Mais comme c'est un mouvement parisien, alors que New York est déjà la capitale culturelle du monde, c'est un mouvement avec une faible visibilité, et comme dit plus haut, qui n'a pas trop su se faire connaître à la postérité. C'est dommage, mais ça n'excuse plus le public qui raterait cette expo très bien foutue (comme toutes celles du Grand Palais).

Des tas d'œuvres plein les mirettes, une cohérence qui convainc, et une certaine dose d'enthousiasme à la fin de l'expo, en fait. Le catalogue vaut 49 euros et la Saint Oli, c'est samedi. Si vous savez pas quoi m'offrir :-D

affiche de l'expo