Im Kwon-Taek a encore sorti un film. On attend la réaction de Woody Allen, qui a quand même pris pas mal de retard. Mais là, à la décharge de Woody, ça faisait un bail que Kwon-Taek nous avait rien fait. Alors là, il nous sort un film sur un sujet pas très connu en Europe: l'art du (hop, je vérifie l'orthographe...) pansori ( 판소리 , le chant du lieu public, en coréen). Un récit chanté avec des vocalises et accompagné d'un tambour à la rythmique très précise, le tout à peine moins difficile d'accès que le Nô japonais (qui n'a sans doute rien à voir, mais c'est juste pour faire une comparaison).

L'histoire, donc, c'est un maître pansori qui a recueilli 2 jeunes enfants pour en faire une chanteuse et un joueur de tambour. Un jour, les tensions entre le garçon et le maître sont trop fortes, et malgré l'amour que le garçon porte à sa sœur, devenu jeune homme, il s'enfuit. Il cherchera alors à revoir sa sœur régulièrement. Et reviendra sur les lieux plusieurs décennies après. Ça c'est l'histoire déroulée. Maintenant, vous secouez tout ça, tout est dans le désordre, et vous avez l'histoire telle qu'Im Kwon-Taek la représente: analepse et prolepse, la chronologie part dans tous les sens. Avec quelques indications au début de chaque nouvelle partie, pour guider le spectateur.

Le film alterne en fait ses histoires dans tous les temps, et des scènes de chant pansori. Qui surprennent un peu, qu'on finit par apprécier au fur et à mesure. Des scènes pas trop longues pour nous endormir, ni trop courtes pour être bâclées. Des scènes qui font le même effet qu'un air à l'opéra: on écoute et on se laisse emporter. Très agréable, une fois qu'on s'est habitué à la voix qui semble parfois venir du fond de la gorge. Le reste du film est assez riche en actions, rien à voir avec Lake Tahoe, et donc le contemplatif ne l'emporte pas, tout est question d'alternance harmonieuse entre les instants de contemplation et ceux d'action. Et, je trouve, un très bel effet d'image, quand chaque partie se termine par un plan grossissant vers le visage du personnage, la caméra s'avançant doucement. Tout ça, des pattes de l'artiste, pour un film autrement plus typé coréen qu'un Kim Ki-Duk récent, et qui mérite d'être vu par ceux qui se sont déjà fait un peu la main sur des films coréens plus faciles (et pour ceux qui veulent découvrir le pansori).

affiche du film