42, Faubourg

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mardi 5 août 2008

Souvenir - ****

Im Kwon-Taek a encore sorti un film. On attend la réaction de Woody Allen, qui a quand même pris pas mal de retard. Mais là, à la décharge de Woody, ça faisait un bail que Kwon-Taek nous avait rien fait. Alors là, il nous sort un film sur un sujet pas très connu en Europe: l'art du (hop, je vérifie l'orthographe...) pansori ( 판소리 , le chant du lieu public, en coréen). Un récit chanté avec des vocalises et accompagné d'un tambour à la rythmique très précise, le tout à peine moins difficile d'accès que le Nô japonais (qui n'a sans doute rien à voir, mais c'est juste pour faire une comparaison).

L'histoire, donc, c'est un maître pansori qui a recueilli 2 jeunes enfants pour en faire une chanteuse et un joueur de tambour. Un jour, les tensions entre le garçon et le maître sont trop fortes, et malgré l'amour que le garçon porte à sa sœur, devenu jeune homme, il s'enfuit. Il cherchera alors à revoir sa sœur régulièrement. Et reviendra sur les lieux plusieurs décennies après. Ça c'est l'histoire déroulée. Maintenant, vous secouez tout ça, tout est dans le désordre, et vous avez l'histoire telle qu'Im Kwon-Taek la représente: analepse et prolepse, la chronologie part dans tous les sens. Avec quelques indications au début de chaque nouvelle partie, pour guider le spectateur.

Le film alterne en fait ses histoires dans tous les temps, et des scènes de chant pansori. Qui surprennent un peu, qu'on finit par apprécier au fur et à mesure. Des scènes pas trop longues pour nous endormir, ni trop courtes pour être bâclées. Des scènes qui font le même effet qu'un air à l'opéra: on écoute et on se laisse emporter. Très agréable, une fois qu'on s'est habitué à la voix qui semble parfois venir du fond de la gorge. Le reste du film est assez riche en actions, rien à voir avec Lake Tahoe, et donc le contemplatif ne l'emporte pas, tout est question d'alternance harmonieuse entre les instants de contemplation et ceux d'action. Et, je trouve, un très bel effet d'image, quand chaque partie se termine par un plan grossissant vers le visage du personnage, la caméra s'avançant doucement. Tout ça, des pattes de l'artiste, pour un film autrement plus typé coréen qu'un Kim Ki-Duk récent, et qui mérite d'être vu par ceux qui se sont déjà fait un peu la main sur des films coréens plus faciles (et pour ceux qui veulent découvrir le pansori).

affiche du film

Broken English - ***

Un film pour catherinettes, vu avec des tas de catherinettes dans la salle, et avec un tel talent qu'on se dit que ce film a sans doute été réalisé par une catherinette, Zoe Cassavetes en l'occurrence.

Alors pour les catherinettes, on découvre toute la difficulté que représente l'amour après 25-30 ans, chercher et ne pas trouver Mr. Right, avec l'impression que ça va pas s'améliorer avec le temps. De ce côté-là, c'est assez fin pour sentir le vécu. Evidemment, pour la gent masculine, c'est plus un documentaire qu'un film qui nous parle... D'où mon avis moyen-bon sur le film. Il ne restera pas gravé dans ma mémoire, mais m'aura amusé.

Petit détail sinon, il m'est arrivé le même truc qu'à pas mal d'autres: l'impression que le film se déroulait à Londres, alors qu'on découvre à mi-film qu'on est à New York. Pourquoi cette impression? La vue de la ville au début du film, une ville européenne, des immeubles en pierre, sans doute près du Flat Iron. Et puis cette atmosphère qui n'a pas l'air aussi stressée que l'image qu'on a de celle New York, tout en étant dans une ville qui pulse. Sans doute un parti pris de Zoe C., pour qui la vie d'une catherinette trentenaire est déjà assez stressante en soi.

affiche du film

Sagan - ***

Je vais pas trop m'étendre sur un film sorti il y a presque 2 mois. Mais en tout cas, ce film vaut le coup pour 2 raisons.
Déjà, finir de se convaincre que Sylvie Testud est douée, qu'il faut arrêter de prendre Agnès Jaoui et autres actrices à répertoire qui tient sur 3 mm, quand on a Sylvie Testud pour le même prix. Voire moins cher, pour se payer ensuite Arielle Dombasles sur l'affiche, quitte à lui refiler (pour mon plus grand plaisir) le sale rôle.
Ensuite, parce que dans la série des biopics, ces biographies au cinéma, c'est une biopic bien léchée, qui prend le temps de dérouler la vie de l'auteur de sa révélation à sa mort. Et moi, j'aime bien les biopics, ça me permet d'en savoir plus tout en me divertissant (ça fait 10 ans que je me dis qu'il faudrait que je découvre un peu Françoise Sagan, en commençant par lire Bonjour Tristesse, et maintenant, j'ai l'impression d'avoir déjà fait un bon tiers du chemin...).

affiche du film

My Name is Hallam Foe - ****

Autre très bon film en ce moment sur les écrans, Hallam Foe, une histoire très étrange, un ado en rupture avec son père et sa belle-mère, et à qui sa mère, décédée par noyade dans le loch du château familial, manque terriblement. Cet ado qui va partir à Londres, et à qui la débrouillardise fera faire des rencontres un peu bizarres.

En prenant Jamie Bell, l'acteur qui avait joué Billy Elliot, le réalisateur a marqué son film de l'aura de Billy Elliott: le système D et l'agilité. Du coup, ça rend le film dynamique, inventif, et Hallam Foe très attachant. Inventif, donc, le film a un scénario original comme tout (surtout quand on a été invité à voir ce film sans se renseigner le moins du monde sur lui avant), et représente un peu ce cinéma british qui parle de vies d'aujourd'hui avec leurs difficultés et leurs réalités, mais sans verser dans le compassionnel façon film subventionné par France 3 Cinéma; c'est une belle histoire optimiste dans le fond, et c'est divertissant, tout ce que je demande au cinéma (et ce gros côté british, c'est justement peut-être ça que les distributeurs français ont voulu marquer en rajoutant un "my name is" au titre d'origine du film)

affiche du film

Wall-e - ****

Le nouveau Pixar, vous en avez entendu parler partout, et souvent en bien. Je rajoute donc ma contribution: il est très bien ce dessin animé (il paraît qu'il faut dire "film d'animation" pour pas faire trop condescendant, comme on doit dire "en régions" pour dire "en province", mais j'ai du mal).

Wall-e, donc, le petit robot chargé de compacter les déchets laissés par les humains après leur disparaition de la Terre, est le dernier survivant de ses congénères. Il n'y a guère que lui et son copain le cafard, pour occuper leur journée à compacter, compacter, et collectionner quelques beaux objets retrouvés deci-delà. Puis un jour, c'est Eve, un robot tombé du ciel, une adorable forme ovoïde blanche aux grands yeux bleus (mais à la gachette facile) qui débarque et dont Wall-e tombe raide dingue. La suite, vous l'avez peut-être lue ailleurs et c'est dommage, ou pas, et c'est tant mieux.

On a fini de s'extasier sur la qualité technique des animations Pixar, ça fait longtemps qu'ils nous ont prouvé qu'ils savaient y faire. Maintenant, on peut s'extasier devant 3 autres trucs. D'abord, les paysages, ouah, même les montagnes d'ordures sont belles. Faudrait trouver moyen de voir ce film en BluRay sur un écran ultra haute dimension. Vais demander à La Voisin s'il a prévu ça pour Noël :-) Puis la double lecture des histoires, que Pixar sait très bien faire. Pour les enfants, on dira de ce film que c'est une fable écolo. Pour les adultes, c'est un peu plus grinçant, et riche de tous les détails qui s'adressent plus particulièrement à nous jusqu'au clap de fin. Mais surtout c'est riche de toutes ces petits pépites au long du film, des moments de 3 secondes très drôles, qui font rire le spectateur de bout en bout, même si le côté zécolo l'emmerde un peu. C'est ce sens-là du détail que j'adore, c'est ça qui donne une épaisseur à l'histoire, et ça fait qu'au final, c'est parti pour être le meilleur film de l'été.

Un dissipateur de mauvaise humeur, en tout cas, ce film. Je sens que je vais aller le revoir dans une dizaine de jours...

affiche du film

samedi 19 juillet 2008

Lake Tahoe - **

Bon, c'est l'inconvénient de ne jamais regarder les bandes-annonces exprès à l'avance, ni de lire les résumés des films qu'on va voir, on est des fois très surpris en choisissant ses films rien qu'avec l'affiche.

L'affiche, elle portait le nom d'un lac à la frontière américano-mexicaine, et avec la mention d'un prix au festival Sundance. Petit aparté, j'ai découvert qu'on ne disait pas "Festival de Sundance", mais "Festival Sundance", et qu'on ne gagne pas un prix "à Sundance" mais un prix "Sundance" ou "de Sundance", parce que Sundance, c'est le nom de l'institut qui gère le festival, et que le festival a lieu dans 3 villes de l'Utah, mais pas à Sundance (une station de ski de l'Utah). Fin de l'aparté. Donc en fait, Sundance a récompensé le début dans le cinéma du réalisateur, Fernando Eimbocke. Mais ça n'a rien du tout du tout à voir avec le genre de films que prime le festival Sundance. Oubliez les comparaisons avec Little Miss Sunshine ou Sexe, Mensonges et Vidéos, Lake Tahoe donne dans le contemplatif silencieux.

L'histoire, donc, c'est un garçon d'une quinzaine d'année qui vit avec sa mère et sa sœur dans une maison d'une suburb du Yucatan (rien à voir avec le lac Tahoe donc), et qui plante sa bagnole contre un poteau. En cherchant à la réparer, il va tomber sur le vieux garagiste méfiant mais cool, la vendeuse de pièces détachées un peu immature, l'ado débrouillard fan de kung-fu, et comme ça, sur 2 jours, on va le suivre. On va contempler la vie dans cette ville du Yucatan. Tranquillement, presque sans paroles (faut dire qu'il n'y a pas grand chose à raconter là-bas, sauf si on sait s'occuper avec des films de Jackie Chan).

Alors je sors de là déçu par cette surprise. J'ai pas accroché. Y'a des films contemplatifs que j'aime, comme Gerry, mais c'est rare, et la mayonnaise n'a pas du tout pris ici. A voir pour les amateurs de films contemplatifs, donc.

affiche du film

vendredi 18 juillet 2008

Saturno Contro - ****

Un film de Ferzan Özpetek, là, j'avais l'impression que c'était un film turc (je connaissais pas le réalisateur, même si j'avais vu Hammam à la télé y'a 6 ans). Mais Snèv et La Voisin m'y avaient traîné, j'ai donc vite compris qu'avec des acteurs appelés Stefano Accorsi et Pierfrancesco Favino, ça devait en fait être un film italien... Haaaannnn, Stefano Accorsi, Il Stefano Accorsi? Celui que vénèrent les amateurs de bruns trentenaires roulant des r? Bon ben, moi qui aime bien le cinéma italien, allons y.

L'histoire, donc, c'est un couple, Davide et Lorenzo, et leurs amis, hétérosexuels, bisexuels ou homos, jeunes, vieux, de tous horizons, qu'ils voient souvent, et avec qui ils se font une bonne bouffe dans leur bel appart de Rome. Et puis un soir, hémorragie subarachnoïde, Lorenzo s'effondre et tombe dans le coma. Avoir Saturne en opposition, pour une astrologue, c'est jamais bon...

J'ai pas encore été déçu par un film italien, et ce film ne fait pas exception. Une vie sociale centrée sur les amis, une atmosphère latine relax, des intrigues passionnées mais jamais violentes, c'est le genre de film qui me plaît parce que c'est le genre de vie qui me plaît. Gabrielle Ferri chantant son "Remedios, niña pequeña, chiquita, hermosa, preciosa..." ou la reprise de "Je suis venu te dire que je m'en vais", la villa à San Felice Circeo, c'est tout doux la vie en Italie. Même quand ça devient dur parce que le beau Lorenzo, ben, c'est pas joyeux ce qu'il lui arrive...

Ca bavait sec à mes côtés sur le bello ragazzo Accorsi (qui m'a fait beaucoup moins d'effet, mais bon). Je crois que c'est une bonne raison pour beaucoup de gens pour aller voir ce film. Pour moi, c'est juste parce que c'est le genre de film qu'on a plaisir à aller voir un dimanche après-midi entre amis.

affiche du film

jeudi 17 juillet 2008

Bons Baisers de Bruges - ****

Le titre du film est un clin d'oeil amusant, l'affichage dans le métro était conséquent, la distribution est loin d'être mauvaise, on devait donc s'attendre à un bon gros succès de ce film. Et pourtant, même s'il reste assez longtemps à l'affiche, c'est pas ça, et c'est dommage, parce qu'il est bien ce film!

Bruges, c'est un peu la ville mouroir bien discrète qu'il faut connaître quand on veut se faire oublier après avoir abattu un gosse par accident lors d'un règlement de comptes. Le tueur et son vieil acolyte, Ray et Ken, Colin Farrell et Brendan Gleeson, vont donc passer une quinzaine de jours dans cette cité médiévale où il n'y a rien à faire. Ouais, sauf que c'est pas exactement vrai, il va se passer des choses...

Tout plein de bonnes qualités à ce film, donc. Colin Farrell, déjà! Avec son accent british, il est encore mieux. Une intrigue qui se déroule toute seule en toute logique, mais sans moment téléphoné (en tout cas j'ai rien vu venir). Un bon équilibre entre répliques lourdes - c'est le personnage de Ray qui veut ça - et irrévérence rafraîchissante (en France, on en est encore au stade où on se moque de la météo chez les Ch'tis mais où on parle de racisme quand on dit qu'ils sont chômeurs). Et puis c'est à la fois une comédie et un polar, un peu comme Sparrow (dont j'ai parlé un peu plus tôt), c'est donc drôle avec du suspense. Franchement un bon film pour le weekend, je trouve.

affiche du film

Hancock - **

Will Smith continue sa reconversion dans le cinéma moins popcorn. Et en fait, si ça lui réussit pas trop mal pour l'instant, il y a encore du boulot.

La bande-annonce présente le film comme un film de super héros standard, sauf que le super héros serait un peu rustaud. Comme de coutume avec les bandes-annonces de films américains, l'histoire n'est pas exactement comme ça. En fait, un gros rebondissement a lieu à mi-film, et ça dérive vers un autre genre de film de super-héros. C'est là qu'on se dit que la trame intello du film peut se poser, que ce genre de rebondissement est à l'image de la carrière de Will Smith, qui passe de Bad Boys et M.I.B. à A La Recherche du Bonheur. Espoir de carrière bien menée...

Ben non, pas pour tout de suite. Le rebondissement a pour effet indésirable de frustrer un peu, il saute en l'air et retombe au même endroit au lieu de vraiment rebondir plus loin. Pour défiler la métaphore, disons que le film n'arrive pas à vraiment quitter le côté super-héros. Et il ne reste plus que quelques bribes pour faire de ce film quelque chose qui ne soit pas un pop-corn movie à gros budget: 2-3 répliques inconvenantes. Mais du bon gros cliché bien épais, ça, on n'en manque pas. J'étais pourtant pas venu pour ça...

Donc au final, on se retrouve avec un film à gros budget sympatoche, dans lequel Charlize Theron rayonne, mais où Will Smith déconne, et on est content de voir ce film quand on a une fringale de popcorn.

affiche du film

mercredi 16 juillet 2008

Les Sept Jours - ***

Les sept jours du deuil dans la tradition juive, c'est toute la famille du défunt qui vient squatter chez la veuve, Vivianne, laquelle doit supporter cette promiscuité et tout ce que ça crée: une marinade de non-dits, de reproches, de rancœurs. Boudiou, on aimerait pas avoir à supporter ce genre de deuil chez soi!

Ce film des frère&sœur Elkabetz aurait pu être une pièce de théâtre, c'est en tout cas un véritable huis clos, justifié dans le fond et dont la forme donne tout son épaisseur au film. On en ressort avec un regard étrange sur cette coutume: oppressante comme sait parfois l'être le rite juif, surtout pour une veuve, une femme, et en même temps qui permet de forcer les membres de la famille à se confronter courageusement. Comme si le mort disait "eh maintenant les gars, finis les non-dits, vous réglez vos comptes l'un en face de l'autre, il faut assainir la situation!"

Vu mon faible sentiment familial, il est clair que j'en chierais à la place du personnage de Vivianne. Là, c'est surtout cette pièce de théâtre qui met un peu mal à l'aise, et fait parfois sourire. Une jolie petite peinture familiale.

affiche du film

Sparrow - ****

Le dernier Johnnie To n'a pas grand chose à voir avec ses films précédents, P.T.U., Election ou Breaking News. Carrément moins de cartouches tirées à la seconde. Mais on baigne toujours dans cette criminalité moite de Hong-Kong, celle qui me fait me déplacer à chacun de ses films.

Sparrow, c'est le moineau, et le pick-pocket en langage familier à Hong-Kong. Là, les 4 plus fins pick-pockets de HK vont être provoqués par une charmante sirène, qui baigne dans des eaux un peu troubles. Les éléments classiques du Johnnie To sont là. Mais cette fois-ci, on a en plus droit à une touche "cinéma américain des années 50", dans la musique et dans les scènes. Voire une ambiance latin-jazz. C'est très étrange. En plus, c'est pas un polar stricto sensu, c'est surtout une comédie. Suffit de rajouter la touche de poésie sur le thème du moineau (qui joue bel et bien un rôle dans le film), et on se dit que ce cinéaste sait y faire quand il s'agit de tester de nouveaux genres tout en restant fidèle à ses thèmes. Un film inventif, pour un réalisateur qui sait se réinventer. Evidemment que j'ai aimé, évidemment que j'irai aussi voir son prochain sans hésiter.

affiche du film

Un Conte de Noël - ***

Junon Vuillard a un cancer. Une greffe de moelle osseuse a une petite chance de la sauver, mais pourrait aussi la tuer. Ses 4 enfants et ses 3 petits enfants pourraient être compatibles. Mais c'est une famille avec ses histoires, et Junon va déjà essayer de les réunir pour Noël, malgré les rancœurs et les névroses. Réunir une famille qui n'est famille que dans les apparences, et on souhaite bien du courage à ces apparences pendant les fêtes de Noël...

Après le très très très beau Rois & Reine, Arnaud Desplechin nous ressort la famille Vuillard, Mathieu Amalric et Emmanuelle Devos, et prend le temps de nous raconter son histoire avec son rythme si caractéristique, lent et théâtral. Et se lâche dans le soin du détail. A quoi servent les scènes des 10 Commandements, quel est le sens caché du prénom de la mère, Junon? Et pourquoi le mari de Junon, Abel, traduit Nietzsche à la volée? Des tas de petits trucs où on se dit qu'en sortant de la Fémis, on capterait bien plus de clins d'œil de l'artiste. C'est presque frustrant. Alors on assiste un peu impuissant, de même qu'on assiste impuissant à Melvil Poupaud en train de faire l'amour à Chiara Mastroianni... Y'a pas mal de frustration dans ce film, il est plus dur à supporter, pour moi, que Rois & Reine.

Et sinon, si je voulais voir ce film rien que pour le cinéaste et sa distribution, j'étais aussi un peu émoustillé après la mini-polémique dans les colonnes du Monde, sur le fait que ce film était trop lisse, trop "France blanche catholique". Pfff... c'est vraiment de la polémique de sociologue, l'histoire de ce film est assez banale pour qu'on n'ait pas besoin d'y mettre un quota de pédés ou de blacks. C'est un joli film sur le sens de la famille, avec des vérités élémentaires et populaires mises à mal par la réalité (genre "je l'aime, c'est mon frère"). J'ai bien aimé.

affiche du film

vendredi 4 juillet 2008

L'imposture!

"Dans un faubourg populaire du nord de Paris en 1936, l'élection printanière du gouvernement de Front Populaire fait naître les plus folles espérances et favorise la montée des extrêmes. "

Je proteste! Le faubourg populaire du nord de Paris, ça fait toujours naître des espérances absolument folles, mais je veux pas des Choristes dans mon quartier moi! Et puis on va s'imaginer que 42, Faubourg, c'est le Faubourg en 1942! Pfff... Le ptit Jean-Baptiste Maunier a pas intérêt à se pointer en bas de chez moi...

affiche du film

mercredi 2 juillet 2008

Eldorado - *

Un importateur de voitures américaines au plat pays qui aide un jeune toxico qui venait de le cambrioler à retourner chez ses parents, pas loin de la frontière française. Ça c'est l'histoire. Du road-movie sur route wallonne. Avec un petit peu de divertissement, en croisant des gens presque bizarres mais pas absurdes.

Mais la Wallonie, c'est pas que des gens presque bizarres, et ça manque de gens bizarres et absurdes pour faire prendre la mayonnaise. Un road-movie, faut du suspense ou du charme, et de l'humour en bonus. Là, le charme des routes wallonnes passe bien vite, on attend un virage qui soit plus passionnant qu'un détour, et il ne vient pas. Alors on essaye de trouver les personnages "attachants", mais j'ai pas envie de m'attacher à ces gens qui n'ont rien d'extraordinaire. Qui ne disent pas leurs sentiments, qui sont bourrus sans être méchants ni bornés, qui vivent une vie pas illogique, juste éloignée de la mienne mais pas impossible. A moins de considérer que ce qui n'est pas "une vie normale" est absurde (et dans cas, vive l'intolérance bourgeoise! - c'est presque l'impression que j'ai eu à un moment, même si c'est sans doute une impression exagérée).

Et donc je vais vite l'oublier, ce film, sans le faire exprès. Pas assez d'émotions enregistrées dans ma tête. Admettons que ce film ne verse jamais dans le caricatural, mais il avait le droit aussi de dépasser le stade de la rencontre improbable, s'il voulait captiver le public. Je resterai sur des films comme Quand La Mer Monte, quand je voudrai me souvenir de films avec du relief au plat pays.

Ah oui, et faut pas voir ce film quand t'as du sommeil en retard! Certaines personnes dans la salle n'étaient pas au courant de ce dernier point...

affiche du film

mardi 1 juillet 2008

Valse avec Bachir - ****

Fiouuuu.... Ça commence fortement, ça finit glacialement. Et c'est un sacré truc!

Commençons par le sujet, super funky: le massacre des camps palestiniens de Sabra et Chatila en 1982 par des milices chrétiennes ayant plus ou moins l'appui de Tsahal. Des milliers de réfugiés tués dans leur camp, un crime de guerre dans toute son horreur. Ce dessin animé suit le parcours d'un ancien soldat israélien ayant assisté à ce massacre et qui fait des cauchemars depuis 2 ans. Il essaye de retrouver ses compagnons de guerre, pour savoir ce dont ils se souviennent eux. Et chacun expose ses souvenirs de l'époque.

Sur le plan technique, ce dessin animé est réussi, il reprend ce style clair-obscur qu'on avait pu voir dans Renaissance, par exemple, mais avec de la couleur, des tons en fait. Le rythme des images est proche de l'anime japonais, les mouvements qu'ils soient lents ou rapides sont amplifiés, l'animation emporte le spectateur. La musique, pareil, tantôt elle te berce tantôt ses paroles te choquent, à chaque fois elle est comme elle doit être. Et le procédé en fin de film, qu'évidemment je ne spoilerai pas, est diablement efficace...

Mais ce qu'on retient quand on sort de ce film, c'est qu'un "petit massacre" de, allez, 3000 personnes, c'est l'horreur absolue. Que les faucons israéliens, quand bien même leur politique changea avec le temps (Ariel Sharon en particulier), sont coupables devant l'humanité et n'auraient jamais dû arriver au pouvoir ensuite. Et que, putain que c'est complexe, que c'est un merdier pas possible, ce Proche-Orient.
Ce film a été financé par le ministère israélien de la culture. Ouais, un film où Tsahal ne sort pas grandi, qui reçoit des shekels du gouvernement. Y a de la démocratie en Israël. Tout comme y a des salauds. Vous en doutiez? Et puis le beau rôle des Chrétiens au Liban, eh ben il est pas uniformément superbe. Ouais. C'est déprimant, ce coin du globe.

Ça fait du bien un petit rafraîchissement de mémoire, surtout quand son parti-pris n'est pas celui auquel on est habitué. Clairement un film à voir, donc.

affiche du film