42, Faubourg

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vendredi 27 juin 2008

Don Carlo - Opéra Bastille - ****

Quand le Roi Philippe d'Espagne pique sa promise à son fils, l'Infant Don Carlos, évidemment, ça finit mal. Et quand un personnage s'appelle Rodrigue (le confident de l'Infant et intime du Roi), ya forcément un dilemme quelque part. Mais ça fait de bons opéras lyriques, même en 1884.

Pour mon dernier opéra de l'année et le dernier avant longtemps (je n'ai pas pris d'abonnement pour l'an prochain), je me suis fait plaisir. Du bon lyrique italien, avec ce qu'il faut de créativité dans la musique: une touche de viennoiserie (André Rieu Strauss n'était pas très loin), des passages qui faisaient très Europe centrale (comme du Roumain de RER du Brahms), et un final moins grandiloquent que d'habitude chez Verdi.

Beaucoup aimé aussi les airs des chanteurs, surtout le baryton qui jouait Rodrigue (et à l'applaudimètre j'étais pas le seul) - moins des chanteuses, que je trouve comme souvent un peu faiblardes, mais je dois être moins sensible. Le chef d'orchestre devrait prendre un peu de Xanax, il avait une sacrée bougeotte, c'était presque distrayant :-)

Dernier point, la mise en scène, avec des tons beige/noir/gris, très élégant, la touche de modernité qui va bien avec les costumes d'époques, c'était une de mes mises en scène préférées de l'année avec Le Barbier de Séville et Tosca.

Tout m'a bien plu en fait. Rien d'absolument remarquable, mais que de l'agréable. Très bonne façon de conclure une saison d'une douzaine d'opéras vus. L'année prochaine, je ferai sans doute des incursions opératiques avec les Prosélytes Lyriques, dont une partie de la bande était là ce soir (dont Kozlika, Gilda, Joël, Snooze & Chondre ou Chondre & Snooze).

samedi 24 mai 2008

Le Barbier de Séville - Opéra Bastille - ****

Plutôt chanceux l'Oli, c'est à Bastille qu'ils ont eu droit à la version de concert lors des grèves de jeudi dernier, quand Garnier fonctionnait normalement. Avec en prime un SMS de l'Opéra pour m'informer que la représentation d'Iphigénie en Tauride aura lieu normalement (cf. billet suivant). Et le Barbier, c'est surtout en version avec décors et costumes qu'il faut l'avoir vu, cette année, à Bastille!

L'histoire, elle est connue par tout élève de 3e je pense, c'est le comte d'Almaviva qui est amoureux de Rosine, élevée chez son tuteur le docteur Bartolo, et Figaro, barbier de son état, qui va aider le comte à prendre Rosine à Bartolo.

Le Barbier de Séville, c'était le premier opéra que j'avais vu, dans ma courte carrière d'amateur d'opéra, il y a 5 ans à M***. La mise en scène était à l'époque assez classique. Là, Coline Serreau nous a servi une mise en scène qui en met plein les mirettes: on se croirait à la cour du Grand Mamamouchi, ou en tout cas dans une luxueuse résidence mauresque. Très chargé, mais très réussi dans le genre, et ça devient complètement kitsch à la fin de la pièce. C'est d'ailleurs la première fois que je vois le public applaudir le décor apparaissant au début de l'acte II. Mais sinon, tout pareil que la fois précédente, et avec les mêmes morceaux ultra ultra connus: l'ouverture, l'air "Largo al factotum" (Figaro Figaro Figaro Figaro Figaro...). Au final, quelque chose de très divertissant, mais dont on gardera surtout la mise en scène très réussie en souvenir.

Amusant, sinon: la moyenne d'âge du public était 20 ans plus basse que d'habitude, à l'entracte. On sent qu'on a affaire à un opéra facile à aborder. :-) Prochain opéra, Don Carlo. Faut soigner ma réputation de mec qui peuple son appartement de plantes vertes à qui il fait écouter des opéras, hein.

A Bastille jusqu'au 29 mai

Bastille

vendredi 23 mai 2008

Iphigénie en Tauride - Opéra Garnier - *****

Iphigénie, en retraite dans la maison du roi Thoas, doit sacrifier les 2 Grecs échoués sur la plage, pour empêcher que les oracles funestes qui prédisaient le meurtre de Thoas par un voyageur étranger ne se confirment. Mais ces deux étrangers, c'est Oreste et Pylade, qui viennent de fuir Mycènes après qu'Oreste a vengé son père Agamemnon en tuant sa mère Clytemnestre. Ils vont donc déjà super bien, dans leur tête. Et on leur dit qu'ils sont condamnés à mort par Thoas... Mais Iphigénie apprend que ces deux étrangers viennent de Mycènes, et décide d'en sauver un. Pylade? Oreste? Pylade? Oreste? Vous verrez la suite, je ne spoile pas, mais c'est la même fin que dans la tragédie d'Euripide.

Dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, le temple où vit Iphigénie est une maison de retraite, et des parois de verre mobiles séparent symboliquement des lieux différents. En arrière-scène se passe donc ce qui a lieu en arrière-plan, y compris le flash back sur le meurtre par Oreste de sa mère. Oreste jeune et nu comme un ver, sa mère les seins à l'air. Quelques trucs un peu cliché, comme des projections de texte gothique sur le mur du fond, mais c'était pas un point essentiel de sa mise en scène, et j'ai trouvé le tout bien plus original que raté (à la différence du public).

Dans la distribution, c'est un Oreste plus vieux, Stéphane Degout - sa première dans ce rôle - , dont la voix de baryton qui porte est pratique pour couvrir le Barockorchester de Freiburg qui jouait ce soir-là (j'aime bien quand la voix couvre l'orchestre, c'est un critère perso). Iphigénie est jouée par Mireille Delunsch, un rôle qu'elle avait déjà eu par le passé, et ce qui a lui donné toute l'aisance pour réussir l'air "Ô malheureuse Iphigénie" (quatre minutes de bonheur à vingt mètres de moi). Mais pas de bol, elle était malade depuis quelques jours, et sa voix a un peu dérapé à partir de l'acte III. On la sentait à bout. Yann Beuron dans Pylade était régulier, une belle voix dans l'acte III, mais il ne m'a pas marqué.



L'opéra en lui-même, j'ai juste adoré. Du baroque français comme j'aime, divertissant mais pas pompeux. Le premier acte plante le décor, et permet de comprendre la situation. On m'avait mis en garde contre une mise en scène qui empêchait de comprendre l'histoire, eh ben moi qui ai du mal à comprendre un anime japonais quand c'est trop complexe, j'ai eu aucun problème, là :-D Ensuite, deuxième acte superbe, là où j'ai pris mon pied, grâce à Mireille en particulier. Troisième acte classique mais très divertissant. Une pensée m'a traversé l'esprit lors d'un solo de Pylade: "Pourquoi on nous force à regarder la Nouvelle Star alors que ces gens qui chantent devant nous leur petite chanson sont quand même bien meilleurs". Ouais, l'acte III, c'est pas mal de chansons en fait, mais c'est ça qui rend la chose divertissante. Et l'acte IV, la tension du dénouement. Dommage que la voix de Mireille tienne de moins en moins, là... Mais le chœur compense, et avec Diane mêlée aux 2 (!) coryphées, + une mini surprise dans la mise en scène, on continue de finir de prendre son pied.

5 étoiles pour cet opéra, malgré la fatigue de Mireille Delunsch aux troisième et quatrième actes. Parce que j'ai été ému à plusieurs reprises, parce que j'ai vibré lors de son interprétation du "Ô malheureuse Iphigénie" comme j'avais pas vibré depuis l'Air de la Folie de Natalie Dessay dans le rôle de Lucie de Lammermoor. J'ai kiffé, en fait. Ça confirme ma préférence pour l'opéra français du XVIIIe siècle (je sais, Glück est allemand, mais c'est un opéra français quand même :-) ). A la différence des vieilles peaux du parterre qui pour 130 euros exigent un opéra en costume d'époque à chaque fois, pour leur rappeler les temps anciens. Pfff... La prochaine fois, refilez vos places!

A voir, carrément, à Garnier jusqu'au 8 juin.

BastilleBastille

dimanche 27 avril 2008

Le Prisonnier - Opéra Garnier - **

Allez, avant-dernier opéra moderne de mon abonnement. Encore un autre style. Ça commence par un homme enrobé en porte-jarretelles qui chante accompagné d'un quatuor façon salons bien fréquentés des années 40, et qui finit par enfiler une tenue rayée de prisonnier des camps, sur un texte dont le sens m'a totalement échappé. Et ça dure un quart d'heure. La lumière se rallume, le rideau se lève, on applaudit. Ah oui, c'est de plus en plus court les opéras modernes.

Ouf, non, c'était juste une mise en bouche, comme ces quelques films où on nous sert un court-métrage avant (genre A Bord du Darjeeling Limited). Le vrai opéra commence 5 minutes après et nous expose une tranche de "vie" dans une prison en cage de fer. Un livret en italien, des chants mi-lyriques mi-parlés, mais moins austères que Wozzeck (malgré le sujet). Bon franchement, j'ai pas goûté toute la richesse supposée de l'œuvre, une bonne partie a dû m'échapper. Alors disons juste que la mise en scène était heureusement assez riche pour ne pas rendre l'œuvre trop austère, en guidant le spectateur parallèlement aux textes. Mais après, j'ai plus trop mes repères...

A Garnier, jusqu'au 6 mai

Bastille

mardi 1 avril 2008

Wozzeck - Opéra Bastille - **

J'avoue, ça fait 9 ans que Woyzeck, de Büchner, traîne dans ma bibliothèque, mais je suis pas toujours motivé pour lire une pièce d'opéra, même un opéra moderne. Au moins, je peux flemmarder en me disant que j'ai vu la version opéra, Wozzeck, par Berg.

Wozzeck, c'est un opéra expressionniste, avec beaucoup d'incommunicabilité (pauvre Wozzeck!), autour de l'amour, de celle qui est parti après avoir enfanté hors mariage, et qui fréquente maintenant le Tambour-Major sous les yeux de Wozzeck. Et c'est le capitaine et le médecin qui sont eux pas avare de communication à l'égard de ce Wozzeck. Tout le monde a des trucs à dire, tout le monde a des choses sérieuses à faire, constat un peu désabusé et fin de siècle sur une société qui te bouffe et dont le meurtre permettra la libération. Voire un discours anti-bourgeois, sur l'emprise excessive et la vissicitude de ces gens sur le pauvre travailleur. La mise en opéra par Berg rend ça encore plus expressif, avec des chants parfois plus proches du discours que de la musique, des errements vocaux, et parfois du grand n'importe quoi (un peu comme la vie du personnage principal).

Mais bon faut aimer. Mon complice opératique s'est emmerdé sec. Une bonne dose de sensibilisation à tout ce que l'Allemagne a pu produire sur le plan littéraire au XIXe siècle m'a permis d'aborder ça de façon un peu plus académique, ce qui a dû me sauver de l'ennui. Si vous cherchez du lyrique italien et des arias barytoniques, vous vous êtes plantés lors de l'achat des places. Il vous restera au moins l'occasion de réfléchir à la mise en scène en un lieu unique, par Christoph Marthaler (une sorte de taverne - le lieu, pas Marthaler!), et son sens, si c'est pour signifier la concentration des pousse-au-crime en un seul lieu, un moyen d'accroître la tension scénique. Bref, divaguez, l'action est assez hétéroclite pour que vous puissiez vous raccrocher à l'opéra quelques minutes plus tard sans avoir perdu grand chose.

A Bastille, jusqu'au 19 avril

Bastille

jeudi 6 mars 2008

The Rake's Progress - Opéra Garnier - ***

Mail envoyé ce matin à mon chef pour lui demander de poser pour moi un RTT. Fièvre, nausée depuis hier soir, je crois que je somatise. Et si j'arrêtais d'avoir une vie culturelle pendant quelques temps? Si j'arrêtais de me laisser absorber par des textes qui parlent tous des amours éternelles et empêchées?

Les frissons d'hier soir, je veux croire que c'est juste lié à un virus de la gastro un peu tardif, pas au message du conte moral qu'est The Rake's Progress.

Le progrès de la débauche, l'avancement de la dissolution, la carrière du libertin, c'est Tom Rakewell qui fait plus confiance à la Fortune qu'au travail pour devenir riche. Il est fou amoureux de sa promise Anne, mais Méphistophélès a senti la proie et lui fait miroiter une vie de luxe à Londres. Vie de luxe qui devient en fait vie de luxure et de débauche. Anne comprend plus trop, et reste sur le carreau.

C'est un genre d'opéra auquel je ne suis pas très habitué, mais qui me plaît en fait. D'abord, c'est une pièce plus scénique que lyrique. Évidemment, quand on met Olivier Py à la mise en scène, avec ses tableaux orgiaques HF/HH/FF, ses gogo dancers et poules du Crazy Horse, une créature traînée en laisse et des éclairages au néon, on sent un apport de la mise en scène un peu plus sérieux à l'œuvre musicale que dans Luisa Miller. La partition musicale est un peu déconcertante: malgré l'époque de l'œuvre (1951), c'est ni un musical, ni de la musique expérimentale, encore moins du classique. Quelques passages clamés presque façon récitatif sont précédés de quelques notes de clavecin, comme pour un bon vieux Mozart. Et on a quelques soli, à la trompette ou au violoncelle (je laisse Mâame Marcadet commenter ce dernier point).

Les tableaux assez travaillés, avec mises en abyme scéniques, imposent par contre des voix qui portent, surtout quand ça doit venir du fond de la scène. Et là, j'étais un peu déçu par Laura Claycomb, qui joue Anna Trulove, et dont la voix était clairement un cran en dessous des autres, côté puissance et émotion. On aurait dit une voix de second rôle pour celle qui représente pourtant la fidèle amoureuse. Jane Henschel, jouant la petite grosse laide et dissolue Baba The Turk, était à côté bien plus audible. Tom Rakewell, de son côté, c'était un Toby Spence pas très pudique, dans la tradition des jeunes chanteurs qui savent aussi être acteurs. Pour boucler la boucle musicale, Edward Gardner, le chef d'orchestre, était très calme, pas excité comme un John Eliot Gardiner, mais j'aurais bien aimé qu'il calme un peu les violons pour mieux entendre Laura Claycomb chanter.

Après, il y a cette morale du conte, sur la nécessité de respecter l'amour quand il est là et de ne pas chercher mieux ailleurs, et que l'oisif sera toujours la proie du diable. L'amour mérite qu'on s'investisse à fond pour lui, en fait.

A l'opéra Garnier jusqu'au 24 mars

lundi 3 mars 2008

Bérénice - Théâtre des Bouffes du Nord - *****

Bérénice, c'est cette reine répudiée par Titus parce qu'elle n'est pas romaine

L'hymen chez les Romains n'admet qu'une Romaine;
Rome hait tous les rois, et Bérénice est reine.

et qu'Antiochus qui l'a toujours aimée ne peut plus voir parce qu'elle en aime un autre. Alors, face à deux amours potentielles qu'elle ne peut avoir, elle transmet le désespoir au public, la petite salle des Bouffes du Nord sympathise et attend de savoir ce qu'elle va faire. Et c'est une tragédie racinienne qui se déroule en deux heures sous nos yeux.

Carole Bouquet jouant Bérénice, face à un Titus Lambert Wilson, c'est superbe. Les acteurs sont dans leur rôle, rien à dire, pas d'attitude étrange, la versification est d'époque et la mise en scène (par Lambert Wilson) est antique. La configuration du théâtre des Bouffes du Nord est en plus très bien adaptée. Pas d'estrade au-dessus du public, mais le public en gradin qui descend vers la scène, comme un amphithéâtre, avec l'arrière-scène où pourrait clamer le coryphée. Chez Racine, c'était moins à la mode, évidemment, mais une estrade surélevée aurait sans doute rendu la pièce plus scolaire et moins hellénisante. De toute façon c'est Carole Bouquet qui m'a enivré à plusieurs reprises. Mon humeur s'y prêtait sans doute, mais ça a fait mouche.


Je n'écoute plus rien, et pour jamais: adieu...
Pour jamais ! Ah, Seigneur! songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?

Aux Bouffes du Nord jusqu'au 23 mars, idéal pour qui se sent empathique.

lundi 25 février 2008

Luisa Miller à Bastille

Luisa aime Rodolfo. Wurm aime Luisa. On le comprend: Luisa est jeune et belle, elle vit au cœur des pâturages avec sa copine Heidi, et préparer du chocolat milka à longueur de journée, ça donne les joues roses et les formes rondes. Sauf que Wurm est vieux et moche à faire peur à un lombric (blague de germanophone, pouf pouf).Et comment ça va finir tout ça? Comme 99,999% des histoires d'amour impossibles. Je vous raconte pas la fin, mais vous l'avez devinée.

En même temps, je m'en veux pas trop de spoiler sans prévenir. Le livret est niais mais niais, niais comme j'avais jamais vu à l'opéra. Dire qu'on a critiqué L'Elixir d'Amour l'an dernier pour son côté lyrique niais. L'Elixir d'Amour, à côté de Luisa Miller, c'est du David Lynch. Ce ne sont certainement pas les décors qui vont sauver la mise. Les fans de décors traditionnels en auront pour leurs 130 euros de place au parterre, mais les autres seront déçus par ce décor de boule à neige helvétique.
Alors il y a les chanteurs, et Rodolfo / Ramon Vargas, qui m'a impressionné. Un très beau moment, long et beau, on est content que ça ait duré si longtemps. Et plus largement, autant les chanteuses m'ont peu remué, autant j'ai adoré écouter les voix masculines. Je dois avoir l'oreille trop déchirée pour apprécier les aigus ^^

Bon, c'est bon, j'ai vu ce Verdi. Et j'y retournerai pas, livret beaucoup trop niais, limite chiant. Mais content de continuer à découvrir de nouvelles voix.